Dans le cadre de l’élaboration de la charte architecturale, urbaine et paysagère de la commune de Martignas-sur-Jalle, de l’étude urbaine en cours de son centre bourg et de la prochaine révision du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI), Bordeaux Métropole a commandé la réalisation d’une étude archéogéographique du territoire de cette commune dans l’optique de mieux comprendre la genèse et l’évolution des formes qui en organisent le territoire et révéler des héritages qu’il serait important de préserver et de valoriser.
Un des apports de l’étude est d’avoir révélé que le passé de Martignas ne réside pas dans son patrimoine bâti (modeste au demeurant), mais dans l’héritage des formes de ses paysages : un réseau de crastes, pour certaines très anciennes, qui protégeait le bourg et ses terres agricoles alentours des remontées de nappes et de l’inondation pluviales ; un îlot de terres agricoles au milieu de la lande, gagné par défrichement d’un bois dont subsistent quelques reliques, patiemment amendé par des générations d’agriculteurs qui ont su en tirer de quoi vivre ; un bourg qu’on croirait de prime abord fossilisé dans le passé et qui se révèle être un trait d’union entre un proto-village disparu, jadis situé autour du cimetière actuel, et un espace urbain en cours de construction dont les formes ne sont pas encore stabilisées dans l’espace.
Cette empreinte, faite d’héritages écologiques et morphologiques multiples, peut être la matrice de nouveaux projets qui pourraient s’attacher à tisser plus fermement entre eux le passé, le présent et l’avenir. Par exemple, les deux fossés de circuit de la craste Vieille et du ruisseau de Terre Rouge, qui protégeaient jadis des remontées de nappes, le bourg et ses terres environnantes, ne sont plus entretenus et ne jouent plus (ou que très imparfaitement) leur rôle contre l’inondation. Ces anciens fossés de circuit n’auraient-ils pas encore une fonction à jouer dans la régulation de l’eau ? Un autre exemple concerne les terres agricoles issues du défrichement évoqué précédemment. Hormis au nord-ouest de l’auréole culturale, elles n’ont n’ont pas encore été consommées par l’urbanisation. Elles ont été cultivées et surtout amendées pendant des siècles, ce qui leur donne une certaine valeur agronomique par rapport aux sables stériles des landes alentour. Les espaces restants parmi ces terres cultivables ne devraient-ils pas être considérés pour leur valeur en tant que tels et protégés de toute imperméabilisation ? Ce sont là quelques fils qui pourraient être nouer ou renouer pour faire du lien entre le passé et l’avenir et surtout entre les habitants et leur territoire.




