Situé dans le département de Seine-et-Marne, en limite orientale de la région Île- de-France et au contact des régions Hauts-de-France et Grand Est, le territoire du projet de Parc Naturel Régional de la Brie et des deux Morin forme un ensemble biogéographique cohérent, héritier de la Brie laitière, autrefois dénommée Brie des étangs en raison des marnes argileuses qui retiennent les eaux et en ont fait, pendant longtemps, un pays humide. Ce nouveau Parc vise à rééquilibrer, à l’Est de l’Île de France, la ceinture verte des PNR franciliens autour de la région capitale imaginée dans le cadre du Schéma directeur de la région Île-de-France.
A cheval sur les cours du Petit et du Grand Morin qui découpent son territoire en zones longitudinales d’orientation Nord-Ouest/Sud-Est, le projet de Parc Naturel régional de la Brie et des deux Morin couvre 82 communes qui présentent un intérêt écologique, paysager et culturel certain mais menacé par le développement d’une urbanisation diffuse et la forte pression foncière qu’exerce sur le territoire la proximité, à l’Ouest, du secteur IV-Val d’Europe de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée.
L’ambition du Syndicat mixte préfigurateur du Parc Naturel Régional de la Brie et des deux Morin est de co-construire, avec le conseil de développement local, les associations, fédérations, professionnels et citoyens, un projet de territoire vertueux et structurant du point de vue régional qui permette, à l’instar des autres PNR de la région francilienne, un aménagement durable, axé sur la protection, la valorisation et la découverte du patrimoine naturel et culturel, de la biodiversité et des héritages paysagers, favorise la qualité de vie et contribue au développement des pratiques de culture et d’élevage agro-écologiques, des savoir-faire historiques autant que l’émergence de filières agro-économiques innovantes.
La phase d’étude pour élaborer la charte du futur Parc revêt donc une importance capitale pour dégager un projet pouvant lier ensemble les enjeux hydrographiques et hydrologiques, écologiques et climatiques, patrimoniaux, urbanistiques et paysagers, naturels, agricoles et forestiers. La multiplication des zonages administratifs (ZNIEFF, SRCE, NATURA 2000, SAGE, GEMAPI, PLUI, etc.) et des points de vue spécialisés (écologue, paysagiste, hydrogéologue, géomètre, agronome, urbaniste, etc.), qui découpent et analysent en dissociant, compliquent la possibilité d’une perspective globale. Comment trouver une intelligence de la liaison entre les acteurs du territoire qui parlent de problématiques et d’objets aussi différents que la protection de l’habitat du Sonneur à ventre jaune, de pelouses calcicoles, de vieux corps de ferme et de patrimoine vernaculaire, d’urbanisation diffuse, de contournement routier, de cheptel de vaches laitières, de qualité des eaux et de prévention des inondations ? Autrement dit, comment dégager une intelligibilité des lieux qui fasse sens et permette de créer du lien entre les instances du futur Parc, les élus, les habitants et les différents services de collectivité ?
Pour répondre à ces questions qui constituent un défi pour l’élaboration et la délibération des projets, donc pour l’action publique et le vivre ensemble, le choix du syndicat mixte préfigurateur du Parc Naturel régional de la Brie et des deux Morin est d’asseoir la réflexion sur une étude archéogéographique qui, par une analyse des morphologies et topographies paysagères, apporte des clefs de lecture cartographique de leurs dynamiques de longue durée. Elle crée des liens entre les différents enjeux évoqués ci-dessus en élaborant un récit qui donne sens au territoire et fait sens pour ceux qui y vivent. Elle ouvre, pour ceux qui réfléchissent à son développement et à son aménagement dans le temps et dans l’espace, sur une vision dynamique des prospectives.
Le rapport de l’étude archéogéographique réalisée entre janvier 2022 et décembre 2023 s’articule en trois parties :
- La première présente le cadre de l’étude, en situant le contexte de l’intervention (chapitre 1) et en analysant le territoire actuel à partir de quelques cartes et de données statistiques (chapitre 2) ;
- La seconde partie s’attache à montrer, par l’analyse de cartes et plans des XVIIIe et XIXe siècles, les logiques d’organisation du paysage en place il y a 250 ans environ et la part importante de transmissions et d’héritages du passé dans la morphologie de cette époque, qu’il s’agisse du réseau viaire (chapitre 3), de la trame de l’habitat (chapitre 4), de corridors éco-morphologiques (chapitre 5) et des usages des sols (chapitre 6).
- La troisième et dernière partie s’intéresse aux évolutions du territoire, considérées sur la longue durée, en examinant tour à tour quelques grandes problématiques et objets structurants du territoire, qu’il s’agisse de la ressource en eau et de l’évolution des corridors éco-morphologiques (chapitre 7), des boisements (chapitre 8), de la trame de l’habitat et des zones bâties (chapitre 9) ou des usages des sols (chapitre 10).
En conclusion sont rassemblés les matériaux les plus significatifs au prisme de leurs dynamiques de longue durée et esquissées quelques pistes susceptibles d’aider à la construction d’un projet de territoire résilient.
[Cette étude a été réalisée en collaboration avec Catherine Fruchart].




