Dans le contexte de l’étude urbaine du centre bourg de Martignas-sur-Jalle conduite par le bureau d’études Masterplan, la Direction de l’aménagement de Bordeaux Métropole a commandé une étude d’archéogéographie. Ses objectifs sont d’apporter de l’intelligibilité à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre sur la fabrique de l’espace urbain dans le temps long afin de comprendre sa genèse et son évolution et d’attirer l’attention sur des logiques et héritages utiles au projet urbain.
Plusieurs points saillants ont ainsi été relevés qui s’organisent en plusieurs phases :
- Du Moyen Âge jusqu’au début de l’époque moderne avec : Une centralité historique primitive autour de l’ancienne église Notre-Dame (cimetière actuel) ; La formation de plusieurs carrefours de grandes voies, au nord de cette centralité historique, qui émergent à une date postérieure à sa fixation, probablement en lien avec un point de franchissement de la jalle et la fixation d’un marché qui constituent un attracteur.
- A la fin de l’époque moderne avec : Un glissement de l’habitat vers le nord provoqué par cet attracteur. Ce glissement est déjà bien amorcé avant le début du XVIIIe siècle et est totalement achevé au début du XIXe ; Une organisation polycentrique du nouveau bourg autour de grandes places, dont la forme irrégulière pourrait être liée à la circulation de troupeaux de moutons parqués la nuit dans des bergeries situés dans le bourg lui-même ; Le tissu très lâche du bourg, lié à l’activité largement pastorale de la population encore au début du XIXe siècle, et un bâti peu dense ; La réorganisation de ces places, dans la première moitié du XIXe siècle, au profit d’un réseau de voies plus hiérarchisé dont le tracé est re-profilé ; La création, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’une centralité au nord du nouveau bourg avec la construction d’une nouvelle église, d’une mairie-école et d’un presbytère ; La création de deux tronçons rectilignes sur le tracé des deux voies reliant Martignas à Saint-Jean-d’Illac permettant une circulation plus rapide et directe entre les deux bourgs ; Des lieux de sociabilité constitués par des commerces de proximité et des restaurants (Charlot et Beaubois) ; Des espaces privés non bâtis occupés par des jardins clos et des prairies qui font du bourg un espace très aéré ; Des espaces publics largement appropriés par les riverains (tables, chaises, bancs), ce qui participe de la sociabilité du bourg à cette époque.
- Au début du XXe siècle avec : L’extension progressive, à partir des années 1930, puis très rapide, à partir des années 1970, de l’urbanisation en périphérie du bourg, puis de plus en plus éloigné de lui ; Le délaissement et la conservation du centre bourg ancien dans cet espace urbain, résultant de cet étalement pavillonnaire ; Une perte de porosité des espaces et de la notion de place, due en partie à la densification urbaine et à l’accaparement de l’espace public par la voiture ; Une relative bonne conservation du patrimoine architectural ancien auquel sont venues s’adjoindre des constructions d’époques plus récentes (et de styles différents) ; La disparition des lieux de sociabilité ancien (établissement Beaubois) ;
- A partir des années 1980, une transition s’opère qui se caractérise par : L’affirmation d’une polarité commerciale au nord du bourg ancien qui est devenu, au fil des décennies, un lieu de sociabilité important qui participe d’un glissement de la centralité héritée ; La nécessité de réintégrer le bourg ancien dans le dynamique urbaine en cours (d’où le projet actuel), au risque de le voir se diluer progressivement et perdre toute lisibilité et identité.
[Cette étude a été réalisée avec la collaboration de Maxime Foucard].




