Commune à dominante rurale et agricole jusqu’au milieu du XXe siècle, Mérignac a connu une transformation majeure de son territoire après la Seconde Guerre mondiale. Pour répondre à la crise du logement, dans un contexte de très forte croissance démographique (baby boom), et développer la commune, les édiles municipaux, portés par l’idéal de progrès qui caractérisent les trente glorieuses et inspirés par les conceptions du mouvement moderne en matière d’urbanisme et d’architecture, engagent alors d’importants travaux qui transforment radicalement les paysages hérités : viabilisation de la commune et érection de grands ensembles ; multiplication de lotissements pavillonnaires et construction de maisons achetées sur catalogue ; aménagement de voies express et d’échangeurs ; multiplication des zones d’activités commerciales et édification de grands magasins d’enseignes en tôles ; assainissement et canalisation des rivières ; extensions successives de l’aéroport. Après le temps long du rural surgit celui de l’urbain.

Cet aménagement, très consommateur d’espace et largement « hors sol », a produit des lieux standardisés qui posent aujourd’hui question quant à leur qualité d’usage et posent problème dans la mesure où, « lieux de nulle part », on les rencontre désormais partout en France. Consciente de cette réalité, la municipalité de Mérignac a engagé, au travers de son projet urbain, le renouvellement profond des sites commerciaux monofonctionnels de Mérignac Soleil et Marne à l’horizon 2030, en prenant comme fil conducteur le retour de la « nature » en ville. Elle s’est engagée, dans le même temps, dans la protection de nombreux bâtiments (y compris récents, comme ceux de Cofinoga), témoins du passé de la commune et de son histoire. Bordeaux Métropole, quant à elle, a élaboré, dans le cadre de l’opération d’intérêt métropolitain (OIM) Bordeaux Aéroparc, un plan-guide évolutif qui cherche, entre autres objectifs, à donner une identité à ce vaste territoire. Partant, les lieux, considérés dans leurs dimensions écologiques et historiques, et les liens que les populations tissent (ou non) avec eux, reviennent au centre des réflexions de la maîtrise d’ouvrage. Après avoir exploré, en 2015, cette dimension mémorielle des paysages, au travers d’une première étude archéogéographique réalisée à l’échelle des secteurs de projet Marne et Soleil, Bordeaux Métropole et la mairie de Mérignac ont souhaité élargir l’analyse à l’échelle de la commune entière afin de disposer d’un récit de la fabrique de l’espace urbain qui permette de comprendre comment, à quel rythme et selon quels projets et/ou quelles logiques Mérignac est passé, en 200 ans, d’un territoire agricole à un territoire urbain. Le choix de ce pas de temps réduit à deux siècles s’explique par l’absence d’une documentation cartographique, textuelle, iconographique et archéologique pour les périodes les plus anciennes de l’histoire qui permettrait de proposer un récit à niveau constant. Les périodes les plus hautes ne sont pas ignorées mais les données qui les concernent sont mobilisées en fonction des héritages qui s’observent dans le présent (ou le passé récent) pour lesquels elles peuvent fournir des éléments de compréhension ou d’explication. Ce récit a également pour finalité — et c’est le deuxième objectif de l’étude — d’être un support de médiation qui favorise le dialogue entre élus, acteurs et usagers du territoire et permette d’accompagner l’émergence de nouveaux projets (urbains, de nature, de mobilité, etc.) voire d’un nouveau projet urbain.

L’étude de la fabrique de l’espace urbain de Mérignac a permis de décrypter les processus de transmissions et de transformations qui se jouent dans la longue durée et d’attirer l’attention autant sur les héritages du passé transmis dans la planimétrie et les paysages actuels, que sur les créations et les nouveautés. Cette connaissance met en lumière des enjeux et problématiques qui émergent de dynamiques de long cours, souvent auto-organisées, que l’analyse de l’état dit “initial” du territoire ne permet pas de percevoir. C’est le cas de la bascule du réseau viaire qui, orienté d’Est en Ouest, a été progressivement réorganisé dans la seconde moitié du XXe siècle dans le sens Nord/Sud avec des effets que l’on commence seulement à percevoir sur la dynamique de la tache urbaine actuelle (1). Cette connaissance attire, également, l’attention sur les atouts et potentialités qu’offrent les héritages en matière d’aménagement du territoire et donc sur les choix durables qui s’ouvrent aux architectes, urbanistes et paysagistes pourvu qu’ils pensent leurs projets dans l’articulation avec les héritages et non dans leur ignorance. Les centralités historiques aujourd’hui déclassées, le patrimoine arboré plus ou moins occulté des domaines du XVIIIe siècle, le chevelu hydrographique ancien actuellement busé constituent quelques-uns des ces héritages qui pourraient être ré- interrogés pour construire la résilience du territoire (2). Chemin faisant, l’étude a permis également esquisser de nouveaux outils d’aide à la décision et de construire des espaces de médiation au service des porteurs de projets et de sensibilisation au service d’une culture partagée de la ville qui participent d’un nouvel âge du faire l’aménagement (3).

Cette étude a donné lieu à la réalisation d’un film de médiation paysagère et scientifique intitulé Mérignac du passé à l’avenir ; un regard archéogéographique (© Les bobines du paysage).

[Cette étude a été réalisée avec la collaboration de Catherine Fruchart, Rémi Bercovitz et Maxime Foucard].

Mérignac

Intitulé de l’étude

Etude archéogéographique du territoire de Mérignac

Maîtrise d’ouvrage

Bordeaux Métropole (Direction de l’aménagement) et mairie de Mérignac

Date de rendu du rapport

Mai 2020