La forêt usagère de La Teste-de-Buch est un objet d’étude complexe, un hybride tissé d’héritages juridiques et historiques très anciens et de réalités écologiques, économiques et sociales très actuelles. Forêt usagère comme il en existait beaucoup sous l’Ancien Régime, la Montagne de La Teste a survécu aux tentatives de cantonnements du XIXe siècle (puis du XXe siècle) qui, partout ailleurs en France, ont fait disparaître les droits d’usages forestiers hérités du passé. Il en résulte une situation juridique unique en France qui voit la coexistence de deux catégories d’usagers (ayant-pins et non ayant-pins) assujetties l’une à l’autre par la coexistence d’un parcellaire résinier, matérialisant la propriété de quelques uns, et d’une indivision des droits s’exerçant sur la totalité d’une forêt ouverte à tous.

L’ancienneté et l’originalité des usages qui régissent l’exploitation de la forêt usagère (gemmage, affouage, coupe de bois vert, pâturage, chasse, apiculture, etc.), garantis par des textes (baillettes et transactions) dont les plus anciens remontent au Moyen Âge, en ont marqué de façon durable les peuplements qui se singularisent ainsi de ceux de la forêt de rapport du plateau landais, par des faciès écologiques et des modalités de peuplement particuliers. Implantée sur un relief dunaire accentué, la forêt usagère se présente comme un continuum forestier de futaie irrégulière dominée par le pin maritime, essence emblématique du site favorisée par l’homme qui l’a exploitée en jardinage, et par le chêne pédonculé, le chêne tauzin et ponctuellement le chêne vert. Cette forêt comprend également plusieurs strates de végétation, muscinale, herbacée et arbustive, cette dernière, très dense et très variée, étant constituée de pruniers sauvages, prunelliers, poiriers sauvages, sorbiers domestiques, néfliers, aubépines et arbousiers, dont les feuilles, en se décomposant, ont formé, au cours des siècles, une couche d’humus à la surface du sable. Cette diversité de la végétation est encore accentuée par de nombreuses essences inféodées aux zones humides, lettes de pied de dunes et marais forestiers, principalement à l’est du massif, à proximité du lac de Cazaux.

Cette richesse et cette diversité écologiques, fruits de l’interaction pluri-séculaires entre processus naturels et actions anthropiques, fondent les qualités paysagères, culturelles et écologiques de cette chênaie-pineraie relique qui apparaît comme un isolat au sein du massif forestier landais planté, en grande partie, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ces qualités sont malheureusement menacées par l’abandon, depuis les années 1970, du mode de gestion traditionnel de la forêt usagère, fondé sur le gemmage que les propriétaires (ayants-pins) exerçaient de façon monopolistique dans la forêt. Concurrencée par la production portugaise et la faillite de la SICASSO, l’unique organe collecteur, la récolte de la gemme a cessé en 1976 et avec elle l’entretien de la forêt usagère. Partant, la question du devenir de cette forêt se pose, prise en tenaille entre les propriétaires qui veulent valoriser leur patrimoine en exploitant le bois de manière “traditionnelle” (c’est-à-dire par coupe rase, comme partout ailleurs dans le massif landais), et les usagers qui, par crainte d’une remise en cause du mode de gestion hérité des baillettes et transactions, s’opposent à toute évolution de la situation. L’inscription (1978) puis le classement (1994) de la forêt usagère à l’inventaire national des sites, au titre du “caractère pittoresque de son paysage”, ont permis de bloquer les dynamiques de transformations du massif sans permettre, pour autant, que soit adopté par les acteurs locaux un plan de gestion qui garantisse le maintien d’une forêt vivante, riche de ses qualités paysagères et biologiques. Sans une réflexion approfondie et un consensus des acteurs locaux sur la définition d’un nouveau projet de territoire quelles orientations sont souhaitables pour le massif ? »), l’élaboration d’un document de gestion propre à la forêt usagère, (« Ces travaux sont-ils compatibles avec les orientations souhaitées pour le massif ? ») paraît vouée à l’échec.

Plus d’une quarantaine d’années après l’inscription de la forêt usagère à l’inventaire national des sites, il paraît nécessaire de faire un pas de côté et de re-questionner ce qui fait la particularité de cette forêt, son histoire, bien sûr, mais plus encore son actualité, d’identifier les points aveugles des nombreuses études qui ont guidé, au cours des décennies passées, les choix et l’action de l’Etat sur ce territoire, d’élargir le champ chronologique et géographique de l’analyse et observer ce qui s’est fait et/ou se fait ailleurs, dans des contextes écologiques et juridiques similaires ou proches, et a permis et/ou permet le maintien de forêts vivantes, riches de qualités paysagères, biologiques et sociales. A terme, l’objectif de cette réflexion est de donner aux services de la DREAL les éléments nécessaires pour définir le paysage qui ferait le plus référence à l’histoire de la forêt usagère, donc le mode de gestion adéquat et, par extension, le projet de territoire adapté au XXIe siècle qui intègrerait le mieux les particularités du droit d’usage.

L’étude exploratoire réalisée pour la DREAL se veut une contribution à cette réflexion. Pensée en mode agile, sur un temps court, elle vise à tirer des fils, faire des liens, élaborer un canevas pour montrer dans quelles directions travailler, quelles problématiques explorer, quelles questions nouvelles poser. Son fil conducteur nous est apparu lorsque, après nous être plongés dans l’actualité de la forêt usagère au cours des quarante dernières années, nous avons réalisé que ce territoire participait d’une nébuleuse d’expérimentations sociales se rapportant à la théorie et au mouvement des biens communs (première partie). Partant, nous avons inventorié la bibliographie scientifique sur le sujet ainsi que les matériaux existants sur la forêt usagère (livres, articles, études et sources d’archives) qui permettraient de refonder un projet de territoire axé, non pas sur la défense exclusive des droits d’usage, mais sur une stratégie coopérative et un nouveau type de gouvernance (deuxième partie). Enfin, constatant le recours systématique à l’inventaire, à la dénomination et à la localisation des ressources dans les systèmes auto-organisés de gouvernance de biens communs (pêches littorales, systèmes d’irrigation, pâturages de prairies de montagne, etc.) et l’indigence, s’agissant de la forêt usagère, de la cartographie des études anciennes, nous avons amorcé l’élaboration d’une carte compilée sous SIG rapportant, sur un même fond, les informations tirées des cartes anciennes et des cartes les plus récentes, l’objectif étant d’ancrer plus fermement les problématiques dans leur dimension géographique (troisième partie). Nous terminons l’étude en listant les points qui mériteraient d’être explorés ou approfondis dans la perspective de la réalisation d’une étude plus complète, alors que se font jour de nouvelles tensions en forêt usagère liées aux velléités d’un propriétaire de réaliser des coupes d’éclaircies sur ses parcelles.

Forêt usagère

Intitulé de l’étude

La forêt usagère de La Teste-de-Buch à la croisée des chemins ; libres réflexions sur un bien commun en mal de (re)connaissance

Maîtrise d’ouvrage

DREAL Nouvelle Aquitaine

Date de rendu du rapport

Février 2021

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