Le Vigneau présente un linéaire de 9,3 kilomètres de long depuis sa source jusqu’à son embouchure dans le bassin d’Arcachon. La partie amont de son cours, très rectiligne, se trouve sur la commune de Biganos alors que la partie avale, plus sinueuse, marque la limite entre les communes d’Audenge et de Biganos.
Suite aux nombreuses inondations survenues dans le quartier des Trucails sur la commune d’Audenge, le Vigneau a été retenu par le SIBA comme cours d’eau prioritaire d’intervention dans le cadre du projet Rézhilience. L’enjeu consiste à méandrer, à titre expérimental, un tronçon de 600 mètres de la partie la plus amont de son cours afin d’évaluer l’intérêt de ce type d’action sur la régulation hydraulique en contexte de fortes pluies, le soutien à l’étiage et l’amélioration de la biodiversité. Ce méandrement pourrait être accompagné de la création d’un réseau de fossés perpendiculaires, denses et peu profonds, qui permettrait un drainage des terrains forestiers adjacents et de maintenir l’exploitation sylvicole.
Dans ce contexte, l’étude archéogéographique commandée par le SIBA a pour objectifs : 1- de cartographier l’évolution historique du cours du Vigneau et de ses extensions artificielles (crastes) ; 2- de réaliser une analyse, morphologique et topographique, de l’interfluve situé entre les ruisseaux d’Aiguemorte et du Tagon afin de comprendre comment les sociétés ont géré les écoulements de l’eau au cours des trois derniers siècles ; 3- d’apporter des éléments d’explication à l’inondation du quartier des Trucails.
Au terme de cette étude, plusieurs conclusions ont être tirées :
- Le Vigneau est, selon toute vraisemblance, un cours d’eau entièrement artificiel, creusé de main d’homme antérieurement au XVIIIe siècle, pour son cours aval méandreux, et dans le troisième quart du XIXe siècle, pour son cours amont rectiligne ;
- Ces deux tronçons du Vigneau sont associés à deux réseaux de drainage de l’interfluve des ruisseaux d’Aiguemorte et du Tagon qui ont participé chacun à la mise en valeur de cet espace. Le premier, dans la partie aval, est constitué d’un réseau de fossés parallèles et perpendiculaires au chemin reliant les marais au quartier des Trucails, véritable axe de structuration de l’espace. Le second, dans la partie amont, est organisé par une vaste trame géométrique de canaux de drainage creusés suite à la loi de 1857 sur l’assainissement et l’enrésinement des landes de Gascogne voulu par Napoléon III ;
- Antérieurement au troisième quart du XIXe siècle, les écoulements de la partie amont de l’interfluve des ruisseaux d’Aiguemorte et du Tagon se faisaient pour partie vers le Nord et pour l’autre partie vers le Sud, au moyen de deux fossés formant un entonnoir inversé ;
- L’inondation du quartier des Trucails, à Audenge, résulte de la conjonction du forçage des écoulements sur le canal rectiligne du Vigneau, réalisé dans le troisième quart du XIXe siècle, de l’accélération de la vitesse des flux au point bas de la rupture de pente qui s’observe au milieu du bassin versant et de l’apport d’eau supplémentaire du petit affluent de rive gauche du Vigneau, situé immédiatement au Sud de la zone de débordement.
[Cette étude a été réalisée en collaboration avec Catherine Fruchart].




