Régulièrement impacté par les inondations de l’Adour et de ses affluents (Midouze, Louts, Luy), le territoire dacquois s’est doté d’un Programme d’Actions et de Prévention des Inondations (PAPI) signé le 16 septembre 2020 entre l’Etat, l’Agence de l’eau, l’Institution Adour et les différents acteurs du territoire. 28 actions ont été identifiées sur 28 communes autour de Dax, parmi lesquelles la sensibilisation de la population au risque inondation (action 1.6 du PAPI) au travers d’actions de communication, à l’adresse du grand public, des scolaires et des acteurs socio-économiques, aux fins de développer une culture du risque sur le territoire. Avec le renouvellement des générations, l’arrivée de nouveaux habitants sur l’agglomération dacquoise et l’invisibilisation du fleuve consécutive aux endiguements réalisés dans le passé, s’opère, en effet, une perte de la mémoire des crues par les populations qui peut être dommageable sinon dangereuse. Aussi, dans le prolongement de l’étude menée précédemment sur la partie amont du PAPI de l’agglomération dacquoise, l’étude réalisée ici s’attache à documenter, à travers le dépouillement et l’analyse des textes d’archives de la fin du XVIIIe au milieu du XXe siècle, cette fois sur la partie aval du PAPI, les aménagements réalisés par le service des Ponts et chaussées des Landes en vue d’améliorer la navigation sur l’Adour (première partie), d’aménager le port des Magasins et de le protéger des inondations (deuxième partie) et enfin de protéger le reste de la ville de Dax contre les inondations (troisième partie).

L’étude montre que la problématique actuelle de l’inondation du territoire dacquois est avant tout celle de la gestion d’un héritage, celui des aménagements réalisés au XIXe siècle pour améliorer la navigation de l’Adour aux fins du transport des marchandises de l’arrière pays (Marsan et Tursan) jusqu’à Bayonne. Rétrospectivement, on ne peut manquer de constater que le choix du maintien, coûte que coûte, de la navigation fluviale procède d’une forme d’aveuglement et d’entêtement. Car au moment où débutent les premiers travaux d’endiguement dans le lit du fleuve (1845-1870) afin d’en réduire la largeur (elle va passer de 140 à 80 mètres environ) et assurer ainsi une hauteur d’eau de 1 mètre à l’étiage, le chemin de fer est déjà construit et la desserte de l’arrière pays par le train déjà effective. Ainsi que l’écrit l’ingénieur en chef des ponts et chaussées au préfet des Landes en mai 1870, cette section de l’Adour “a une importance très considérable malgré la concurrence du chemin de fer” (AD 40, 3 S 18). Il faut indiquer ici que le chemin de fer a été construit précisément contre la promesse d’améliorer la navigation sur l’Adour, ce que le conseil municipal de Dax, se désolant en 1892 que le transport par voie d’eau entre Tartas et Bayonne soit particulièrement difficile pendant la saison d’été, ne manquera pas de rappeler au préfet des Landes : “les travaux d’amélioration de la navigation de l’Adour ont été promis par le gouvernement lors du vote de la loi relative à l’établissement des chemins de fer d’intérêt local des Landes” (AD 40, 3 S 16).

A ce rétrécissement du lit du fleuve pour améliorer la navigation sur l’Adour s’ajoutent les conséquences de la loi de 1857, portant sur l’assainissement et l’enrésinement des Landes, sur le régime de l’écoulement des eaux. En assurant un écoulement plus rapide vers les rivières des eaux qui stagnaient jusqu’alors sur la lande, cet assainissement a amené une augmentation des débits en hiver et au printemps (et symétriquement une diminution des débits d’été et donc un abaissement des niveaux d’étiage). Conjugué au rétrécissement du lit de l’Adour, ces apports d’eau venus des ruisseaux de la lande désormais drainée ont modifié sensiblement le régime des crues. Si entre 1838 et 1868, la ville a été plus ou moins inondée 54 fois, 25 fois à plus de 4,5 mètres et 6 fois à plus de 5,00 mètres, la hauteur des crues n’a cessé d’augmenter après 1868, dépassant 13 fois les 5,49 mètres de la crue du 13 mai 1856 qui a longtemps servi de référence : 6,24 mètres en 1879, 5,85 mètres en 1885 et 1887, 6,01 mètres en 1930, 5,68 mètres en 1936, 6,52 mètres en 1952, 5,51 mètres en 1965, 5,56 mètres en 1971, 6,24 mètres en 1972, 5,68 en 1976, 5,60 mètres en 1978, 6,24 mètres en 1979 et 6,03 mètres en 1981. Autrement dit, si les crues de l’Adour ont toujours existé, elles ont été aggravées à partir des années 1860 par la conjugaison du rétrécissement du lit du fleuve provoqués par les travaux d’amélioration de la navigation sur l’Adour et de la modification du régime des eaux consécutive à la loi de 1857 sur l’assainissement des Landes de Gascogne.

Cette modification du régime des crues n’a pas été clairement perçue lors de la promulgation de loi du 28 mai 1858 portant sur la défense de la ville de Dax contre les inondations, de sorte que les travaux entrepris entre 1873 et 1887 pour mettre la ville (et particulièrement le quartier du Sablar) à l’abri des inondations se sont révélés insuffisants par rapport à l’objectif que les services des Ponts et chaussées s’étaient donnés en les proposant. Les ouvrages qui avaient été conçus de manière à contenir la plus forte crue connue depuis le début du XIXe siècle, à savoir celle de 1856, ont été rapidement submergés (en 1879, 1882 et 1887 pour ne rester que sur ce siècle). Dès lors, la protection de la ville et du quartier du Sablar ne pouvait plus être obtenue qu’en complétant le système de défense par un exhaussement et une consolidation des digues, stratégie qui a été poursuivie jusqu’à aujourd’hui.

Moyenne vallée de l’Adour (partie aval)

Intitulé de l’étude

Etude de l’aménagement historique du cours de l’Adour et du Luy et des travaux de protection de la ville de Dax contre les inondations entre le début du XIXe et le début du XXe siècle (partie aval du PAPI de Dax)

Maîtrise d’ouvrage

Institution Adour (Etablissement Public Territorial du Bassin de l’Adour)

Date de rendu du rapport

Novembre 2025

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