Les berges de Garonne et de Dordogne correspondent à l’espace situé entre la crête de digue et le lit mineur de ces deux fleuves. Largement soumis à l’influence des marées (zone intertidale), il correspond à l’espace de fonctionnement hydraulique (débordement naturel) et morphologique (érosion et accrétion naturelle) de la Garonne et de la Dordogne. Il constitue, également, l’interface entre deux habitats, aquatique et la ripisylve, soit un écotone riche et diversifié.

Pour préserver ces espaces de transition et ces habitats d’interface qui ont subi de profondes modifications au cours du temps en raison de la multiplication des activités et aménagements anthropiques (installations de pêche, promenade, agriculture, endiguement), le Grand Port Maritime de Bordeaux, gestionnaire du domaine public fluvial, et le service GEMAPI de Bordeaux Métropole, gestionnaire des digues, se sont entendus sur la volonté de mettre en place un Plan Pluriannuel de Gestion (PPG) global des berges de Garonne et de Dordogne. Ce plan poursuit plusieurs objectifs comme la pérennité des digues, par une gestion pérenne des berges, la pérennité des milieux ainsi que leur préservation, l’amélioration de la connaissance sur les milieux naturels, la restauration des continuités des trames vertes et turquoises, le suivi et la gestion pérenne des usages récréatifs, en particulier les carrelets, la sensibilisation aux problématiques GEMAPI sur cet espace.

Le diagnostic de plan de gestion des berges de Garonne et de Dordogne du territoire de Bordeaux Métropole est un préalable à la mise en place de ce Plan Pluriannuel de Gestion (PPG) global par le service GEMAPI de Bordeaux Métropole. Ce diagnostic se décline en deux volets, hydromorphologique et naturaliste. S’agissant du volet hydromorphologique, ses objectifs sont : 1- De comprendre le fonctionnement hydromorphologique des fleuves sur le périmètre de Bordeaux Métropole ; 2- D’identifier les dysfonctionnements hydromorphologiques, leurs origines et l’évolution historique de ces secteurs ; 3- De proposer des orientations de gestion visant à les résorber et à préserver les tronçons fonctionnels ; 4- D’analyser les évolutions bathymétriques et évolutions possible des secteurs.

De nombreuses études archéogéographiques ayant déjà été réalisées sur le territoire de Bordeaux Métropole depuis une quinzaine d’années, celles-ci apparaissent comme une base solide pour comprendre ces phénomènes et leur évolution. Aussi, les objectifs de la présente étude sont : 1- De réaliser une synthèse des études réalisées en élaborant une série cartographique permettant de suivre l’évolution de la ligne de berge de la Garonne et de la Dordogne dans le temps long ; 2- D’identifier les secteurs d’évolution forte, de les dater, et d’en caractériser les causes, naturelles ou anthropiques ; 3- D’identifier, inversement, les secteurs de stabilité des berges ; 4- D’être une aide à la décision concernant l’évolution des digues et des berges du périmètre d’étude ; 5- De proposer une programme d’études complémentaire sur les périmètres où aucune étude n’a encore été réalisée ou sur ceux sur lesquels un dysfonctionnement structurel a été observé et qui nécessiteraient une analyse complémentaire.

L’étude, qui se décompose en 6 fenêtres locales, a permis de dégager plusieurs conclusions s’agissant de la dynamique du cours de la Garonne et de la Dordogne :

  1. Alors que la Dordogne ne semble pas avoir connu de variations significatives de son cours depuis les 300 dernières années (au moins sur sa rive gauche), la Garonne, elle, a beaucoup varié ;
  2. Ces variations s’observent à la fois sur sa largeur, qui a sensiblement diminué au fil des siècles, et sur son tracé qui était jadis plus sinueux qu’il ne l’est aujourd’hui. Les données actuellement en notre possession manquent pour qualifier l’évolution de la bathymétrie ;
  3. Ces transformations procèdent d’une action anthropique ; elles ne sont pas naturelles ;
  4. Le moment majeur de la transformation du lit de la Garonne se situe dans la seconde moitié du XIXe siècle, en lien selon toute vraisemblance, avec les travaux entrepris plus en aval sur l’estuaire afin d’améliorer la navigation jusqu’au port de Bordeaux.
  5. Les aménagements qui ont été réalisés à cette époque ont eu pour objectif de réduire la largeur de la Garonne sur tout le linéaire de la rivière. Ils procèdent tantôt d’une progradation de la ligne de berge par la conquête pionnière de hauts-fonds proches de la rive (secteur de Brazza, en rive droite de Bordeaux), tantôt par des atterrissements d’îles (île des Juifs au droit de la commune de Villenave-d’Ornon, île de Grattequina au droit de la commune de Blanquefort), tantôt par des endiguements (secteur situé au sud du pont de Pierre, en rive droite, secteur situé au niveau du port de Bassens).

Partant, plusieurs pistes d’études complémentaires ont été dégagées :

  1. Sur le quartier de la Bastide, dont on a montré qu’il constituait un secteur à fort enjeu, compte tenu de la construction d’une digue au sud du pont de pierre, une étude fine du réseau hydrographique depuis le début du XIXe siècle (les fossés en eau étaient alors omniprésents) et de son invisibilisation progressive jusqu’à aujourd’hui pourrait avoir un intérêt dans la mesure où plusieurs esteys se jettaient dans la Garonne à cet endroit (estey de Tregey, estey de La Souys). Que sont-ils devenus aujourd’hui ? Leur talweg est-il toujours conservé dans la morphologie ? De l’eau y circule-t-elle encore aujourd’hui ? Peuvent-ils avoir un rôle dans l’affaiblissement de l’ouvrage constaté aujourd’hui ? Plusieurs syndicats de bassin existaient au XIXe et début du XXe siècle qui ont conservé des archives qui pourraient être exploitées dans le cadre d’une telle étude ;
  2. Sur le Bec d’Ambès, côté Garonne, on a relevé des variations continues de la ligne de berge, faites d’avancées entre 1724 et 1888, puis de reculs en 1950, de l’ordre de 100 à 150 mètres à chaque fois. Une étude plus fine de ce secteur serait intéressante à réaliser, notamment à partir des plans cadastraux de 1824 et 1847, pour voir comment la bâti s’est reconfiguré à chacune des variations de la ligne de berge, compte tenu du fait que les cartes le montrent à chaque fois au plus près de la Garonne. Peut-on percevoir, en profondeur, plusieurs lignes de bâtiments renvoyant à plusieurs générations de la ligne de berge ?
  3. Enfin, une étude de la bathymétrie ancienne et de son évolution serait intéressante à réaliser pour repérer les secteurs de hauts-fonds et les secteurs profonds et leur rapport avec d’éventuelles variations importantes de la ligne de berge. Les archives du Grand Port Maritime de Bordeaux conservent ces données année par année depuis le début du XXe siècle.

Berges de la Garonne et de la Dordogne

Intitulé de l’étude

Etude archéogéographique de l’évolution du cours de la Garonne et de la Dordogne entre le début du XVIIIe siècle et aujourd’hui ; contribution au volet hydromorphologique du diagnostic du plan de gestion des berges

Maîtrise d’ouvrage

Bordeaux Métropole (Mission GEMAPI)

Date de rendu du rapport

Décembre 2023

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