A cheval sur les communes d’Arès, d’Andernos-les-Bains et de Lanton, le Cirès présente un linéaire principal de 12,1 km de long depuis sa source, au sud de la zone agricole de Blagon, jusqu’à son embouchure dans le bassin d’Arcachon. Ce cours assez sinueux reçoit l’eau de nombreuses crastes, aux tracés beaucoup plus linéaires, qui collectent elles-mêmes les écoulements de nombreux fossés, formant un réseau hydrographique complet de 94,3 km de long.
Le suivi de la qualité de l’eau dans le Cirès révèle des concentrations importantes en nitrates provenant de la zone agricole de Blagon où sont épandus des engrais et du lisier pour la culture de maïs grains et de légumineuses. Cette pollution chimique impacte fortement les peuplements piscicoles, ce qui se traduit par l’absence d’espèces attendues dans ce type de rivière (goujon, loche franche, lamproie de planer, vairon) et un état de santé préoccupant des anguilles, seule espèce identifiée dans le cours d’eau, dont le suivi de la population par la FDAAPPMA 33 montre qu’elle présente de nombreuses irritations chimiques.
Retenu comme cours d’eau prioritaire d’intervention dans le cadre du projet Rézhilience, l’enjeu majeur pour le SIBA consiste à restaurer la qualité chimique du Cirès par la création d’une zone tampon humide artificielle (ZTHA), en aval direct de la zone agricole de Blagon. Cette ZTHA permettrait d’épurer 1.300 ha de terres agricoles sur le bassin versant du Cirès et 420 ha en limite des bassins versant du Cirès et des lacs médocains, soit 1.720 ha au total (Objectif 1). Est également envisagée la mise en place d’une gestion douce des parcelles sylvicoles et la restauration de zones humides en tête de bassin versant (Objectif 2). Les nombreux drainages qui ont été réalisés dans la seconde moitié du XIXe siècle, suite à la loi de 1857 sur l’assainissement et l’enrésinement des landes communales, ont en effet considérablement modifié les milieux, particulièrement les zones humides qui ont été drastiquement réduites en nombre et en surface. De fait, les inventaires réalisés sur le bassin versant du Cirès par le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne ne font état que de quelques lagunes situées dans la partie amont du bassin versant.
Dans ce contexte, l’étude archéogéographique a pour objectifs de réaliser une cartographie de l’évolution historique du cours du Cirès, c’est-à-dire de ses éventuels paléo-cours et de ses extensions artificielles (crastes), en vue d’apporter de la connaissance sur la dynamique de ce cours d’eau ; d’identifier et de cartographier les zones humides du bassin versant du Cirès offrant un intérêt écologique et hydraulique méritant, dans le cadre du projet Rézhilience, d’être préservées et/ou restaurées par la mise en œuvre de plans de gestion, par exemple.
Au terme de cette étude, plusieurs conclusions peuvent être tirées : 1- Le cours du Cirès a beaucoup évolué au cours du temps. Sa tête de bassin versant primitive semble s’être située, antérieurement au début du XIXe siècle, au niveau du candélabre situé au lieu-dit ancien “Le Houdin” mentionné sur les plans cadastraux anciens (1825) ; 2- Le bras Sud du candélabre a été prolongé vers l’amont par une craste, antérieurement au début du XIXe siècle, vraisemblablement pour capter un écoulement plus ou moins épisodique et important. Cet écoulement rejoignait le bras nord du candélabre après avoir divagué dans la lande où elle formait vraisemblablement un marécage ; 3- L’origine de cet écoulement est à chercher plus en amont, dans la présence d’une vaste zone humide, constituée au début du XIXe siècle de bois de feuillus, qui formait un long corridor nord/sud, légèrement incisé dans la topographie, perpendiculaire au bassin versant du Cirès. Défriché vraisemblablement après-guerre pour faire place à des plantations de pinèdes, ce corridor apparaît encore comme une zone humide puisqu’elle se signale sur les couvertures aériennes dans l’infrarouge couleur ainsi que sur le terrain par une végétation herbacée et ligneuse et des sols frais et profonds qui tranchent avec ceux du plateau landais ; 4- Ce corridor correspond à la zone de contact de deux couches géologiques (SL et NF2) dont elle épouse parfaitement l’épaisseur et les contours ; 5- Ce corridor de zones humides gagnerait à faire l’objet de mesures de protection et/ou de valorisation au travers, par exemple, d’une ingénierie écologique (dont les contours restent à préciser), dans la mesure où elles pourraient jouer ou rejouer un rôle d’éponge en cas de fortes précipitations, contribuant à écrêter l’inondation de son bassin aval qui est très urbanisé. Cette valorisation, en participant d’une approche que l’on pourrait qualifier de low-tech, constituerait un contrepoint intéressant à l’aménagement de bassins de rétention, techniquement très lourd et financièrement très coûteux.
Retrouvez la présentation du programme RéZHilience en vidéo : https://tvba.fr/actu-siba-rezhilience-zones-humides-cours-deau/




